mercredi 18 juillet 2007

Critique "United 93"

United 93
de
Paul Greengrass
2006

Paru dans la revue Séquences


Cinq ans après que les attentats terroristes aient réduit en poussière le World Trade Centre et une partie du Pentagone, les studios américains ont jugé que leurs compatriotes étaient prêts à sublimer ce trauma au cinéma, à mythifier ce jour maudit. Plusieurs films prendront l’affiche dans les prochains mois, au moment où l’administration Bush connaît des sommets d’impopularité.


L’Anglais Paul Greengrass était tout indiqué pour partir le bal. Connu pour ses réalisations proches du cinéma-vérité (Bloody Sunday et bientôt They Marched Into Sunlight, qui relatera le drame des protestations contre Dow Chemicals et l’embuscade viet-cong d’un bataillon en 1967 ayant menées aux premières manifestations pacifiques), Greengrass attaque l’Histoire par la porte de derrière, où ont œuvré dans l’ombre les figurants et les employés de soutien des grands événements. Dans le cas du 11 septembre 2001, les médias ont fait grand cas des pompiers qui ont tenté de rescaper les prisonniers du WTC. Greengrass rend hommage quant à lui aux contrôleurs aériens, aux hôtesses de l’air et aux pilotes qui ont vécu le drame sous leur nez.


À Boston, on voit le personnel de l’aéroport remplir d’essence les réservoirs du vol United 93 en direction de Los Angeles. À son bord, quatre terroristes non identifiés prennent place parmi les passagers. Quelques heures plus tard, en plein vol, l’avion est détourné et se dirige vers le Capitole à Washington. On apprend que les tours jumelles new-yorkaises sont en fumée. L’équipage est pris de panique, les Arabes sont aux contrôles de l’appareil. D’un côté comme de l’autre, chacun implore son Dieu d’adoucir son sort. L’équipage se rebelle, l’avion s’écrase dans un champ près de Shanksville en Pennsylvanie.


Est-ce que l’effet de réalisme recherché par Greengrass par une caméra à l’épaule, un incessant bourdonnement d’activité humaine et l’emploi d’acteurs peu connus était la voie la plus impartiale pour traiter ce sujet? Est-ce que montrer un événement fatal sans le remettre dans son contexte et prétendre de montrer ce qui s’est passé durant le vol 93 justifiait cette entreprise? Nul doute que le prétexte derrière le film a plus à voir avec le deuil et la propagande (silencieuse, mais tout de même) que la morale ou la compréhension. Dommage, on parle tout de même de la réalisation et du scénario les plus aboutis de Greengrass à ce jour.


© 2007 Charles-Stéphane Roy