mercredi 18 juillet 2007

Critique "Bienvenue au conseil d'administration"

Bienvenue au conseil d'administration
de Serge Cardinal
2006
Paru dans l’hebdo ICI Montréal


LA BOURSE OU L’AVIS

Avec peu de moyens, l’essai Bienvenue au conseil d'administration veut porter l’imagination au pouvoir. La liberté peut-elle être autre chose qu’une vieille utopie?


Ceux qui prendront rendez-vous avec le conseil d’administration présidé par Serge Cardinal redécouvriront dans toute sa verve et sa désinvolture le sens pur de l’expression « cinéma indépendant », pour peu qu’ils soient suffisamment armés pour encaisser un pêle-mêle conceptuel de la sorte. Documentaire d'anticipation auto-proclamé, initiative née à la fois d’un désir et d’un rejet, Bienvenue au conseil d'administration (qu’on allègera ici par BACDA, tel un indice boursier) prêche entre élan et ulcère cette règle d’or selon laquelle la liberté ultime consisterait en une pleine conscience de sa propre démarche créatrice.


À la base du projet, il y a une fiction pamphlétaire sur la faillite d’une PME des suites d’un crash boursier imaginaire, projet qui, à la suite des refus de financement par la SODEC et Téléfilm Canada, s’est mué en réflexion en abîme sur la lutte du créateur d’aujourd’hui contre le fonctionnariat culturel à laquelle on a greffé des scènes complétées du film mort-né. Ici, une voix-off identifie les acteurs par leurs vrais noms, qui apparaissent à l’écran tantôt dans leur rôle, plus tard sous leur vrai visage. Là, le producteur disserte sur la pertinence des explications que réclament les investisseurs. À Terrebonne, Robert Lalonde balance des impressions sur le progrès et l’acte littéraire. On se moque des expressions de Stephan Bureau. Anne-Marie Cadieux récite toutes les acquisitions de l’empire Time Warner sur fond de scénario raturé. Plans fixes sur un photocopieur. On remet ça l’ordre et le désordre.


À tout exprimer et son contraire, BACDA annule la somme de ses (innombrables) parties; à tout mettre en exergue par peur de castrer son inspiration, le film ensevelit ce qui aurait pu constituer une œuvre plutôt qu’une simple démarche. Comme Pierre Goupil, Serge Cardinal (La bibliothèque entre deux feux, abouti) dit se réclamer de Godard et déconstruit tout ce qui bouge, si bien qu’il devient rapidement laborieux, voire futile, de chercher à distinguer les débris des fondations.


© 2007 Charles-Stéphane Roy