mardi 17 juillet 2007

Critique "Kiss Kiss Bang Bang"

Kiss Kiss Bang Bang
de Shane Black
2005
Paru dans l’hebdo ICI Montréal


LES DEUX FONT L’IMPAIR

Shane Black avait donné une cure de jouvence à la formule du duo dépareillé avec Lethal Weapon. 20 ans et bien des Tarantino plus tard plus tard, il double sa mise avec moitié moins de succès.


Lorsqu’il ne joue pas le portemanteau dans des films de série B- (Predator, RoboCop 3), Shane Black écrit des scénarios qui font recette : la série des Lethal Weapon a simplement fondu la comédie policière à la Beverly Hills Cop avec le buddy movie genre Abbott & Costello, mais il n’en fallait pas moins pour que ce sursaut d’innovation fasse école et que Black ne devienne le scribouillard le plus riche d’Hollywood. Il semble que la trêve que Black se soit accordé après quelques flops lui ait redonné foi dans le film d’action aux répliques mordantes, tellement en fait que Kiss Kiss Bang Bang déborde d’une somme d’idées et d’intentions plus que le client ne peut en prendre.


À ses débuts derrière la caméra, Black prend avantage d’une amusante prémisse : un voleur d’objets ménagers échappe à la police en se réfugiant à une audition qu’il passe avec succès. Pris à incarner un détective, il se fait assigner par son producteur à un policier responsable de lui coacher les rudiments du métier à travers la jungle de la Côte Ouest. Le reste de l’histoire, une rafale satirique autour du glamour et des forces de l’ordre, importe peu : après une demi-heure, toute l’attention se porte sur la prochaine vacherie du tandem et l’évidence d’une quinzaine d’années d’écart entre le voleur et une starlette, qu’on nous jure pourtant issus de la même promotion. Si le gag-o-mètre tombe presque toujours dans le rouge, sinon dans le rose jaunâtre des mauvaises blagues sur les gays, l’ensemble distille rapidement l’envie de suivre pareille somme de pistes inabouties. Car sans soucis de cohérence ou même d’évolution dramatique, Kiss Kiss Bang Bang enchaîne les cascades, le gore et les scènes de nudité frontale avec la stricte obstination de se surprendre lui-même.


Certes, il y a longtemps qu’on n’avait pas vu Robert Downey Junior s’amuser (et nous amuser) autant en petit roublard doublé d’une grande gueule, mais comme si ce n’était pas assez, sa narration interventionniste vient encombrer un récit déjà assez brouillon et surchargé pour donner des maux de tête aux plus cyniques. Quand on en a trop pour son argent...

© 2007 Charles-Stéphane Roy