jeudi 8 janvier 2009

Critique "Mister Lonely"


MR. LONELY
de Harmony Korine
Paru dans la revue Séquences
2008

Prenant son titre d’une vieille bluette adolescente de Bobby Vinton (l’interprète de « Blue Velvet »), Mister Lonely prolonge le parcours oblique de l’enfant terrible Harmony Korine, qui, même s’il s’est assagit depuis l’écriture de Kids et la réalisation de Gummo, n’en demeure pas moins l’un des auteurs les plus abscons du cinéma américain.

Presque 10 ans après son dernier long métrage, Korine délaisse les bleds paumés du Midwest pour l’Europe, terre de ses nouveaux producteurs, afin d’y camper la majeure partie de Mister Lonely, un curieux plaidoyer à la différence taillée dans le kitsch et le surnaturel. Son casting bigarré s’écartèle entre Paris, les Highlands écossais et Panama – où les parents du cinéaste ont élu résidence – entre une commune de sosies reclus, un cheptel de moutons atteints du syndrome de la vache folle et une congrégation de nonnes ayant développé le pouvoir de voler sans parachute.

Michael Jackson parle aux objets de sa chambre, des œufs ornés de portraits peints à la main s’animent, les réalisateurs Carax et Herzog s’en donnent à cœur joie comme acteurs, une finale qui rappelle Cobra Verde : Korine ne boude aucun débordement pour maximiser les surprises.

Les deux histoires formant Mister Lonely ne font que se côtoyer comme si chacunes cherchait sa place au soleil, dans les souliers d’une vedette ou derrière la soutane d’une nonne. Bien que les scènes des sœurs volantes sont anthologiques et constituent le cœur émotionnel du récit, celles de la commune, pathétiques et sans grande imagination, rappellent les premiers pas à la marginalité à tout prix du cinéaste.

Droits d’auteur oblige, aucun succès du Roi de la Pop n’a été inclus dans le film, bien que seulement certains titres de ses chansons chapitrent les séquences. Mais on devient plus sosie par culte d’un individu que par amour d’une œuvre… à cet égard, Korine, bien que voulant ouvrir sa démarche à un public et des thèmes plus rassembleurs, accouche à la sauvette d’une morale bien mince sur la célébrité ou la promiscuité, sinon par des métaphores lourdingues. À l’instar de Carax, Korine serait-il après tout l’excroissance exclusive d’un genre et d’une décennie?

© 2008 Charles-Stéphane Roy